La mythologie nordique en Terre du Milieu – Partie II

En réponse à la question d’un de nos membres, voici un article concernant les parallèles qui existent entre l’univers de la Terre du Milieu et la mythologie nordique. Cet article ne se veut pas être une étude approfondie, ni une liste exhaustive, mais une réponse claire et relativement concise qui nécessite plusieurs petites digressions sur les anciennes traditions européennes : germanique, anglaise etc… Sachez que cet écrit s’adresse à tous, comme chacun des articles de Tolkiendrim (le peuple de Tolkien) : accessible, loin d’être ancré dans une idée élitiste, il vous donnera quelques pistes crédibles sur ce sujet, si vaste que l’on pourrait l’approfondir pendant des années.
Le dossier sera divisé en plusieurs parties, afin de rendre sa lecture plus digeste. 

Partie II – Les peuples inspirés de la mythologie scandinave

  • Les Nains
  • Les Elfes

 

Tout d’abord, J. R. R. Tolkien a choisi de peupler son monde de créatures mythologiques qui appartiennent aux légendes septentrionales. Commençons par les Nains. Ces esprits de la terre ont vu le jour grâce à la mythologie viking. Nous les retrouvons dans la Völuspá, passage de l‘Edda Poétique. L’un des tous premiers Nains dont l’histoire s’est souvenue s’appelait Modsognir (ou Motsognir), il a été créé par Odin. Le dieu, après avoir tué le géant Ymir dont la dépouille forma la terre, changea les Nains (Nàinn en vieil islandais ) alors présents à l’état de larves dans la chair d’Ymir, en des créatures intelligibles. Les Nains ont donc été conçus par une volonté divine qui leur donna forme humaine.

La mort du Géant Ymir par Erwan Seure Le Bihan

Le célèbre Durinn entre aussi dans la lignée des pères fondateurs du peuple Nain. A l’instar de ces Nains originels, ceux de la Terre du Milieu vivent sous terre. C’est d’ailleurs sous une montagne de la Terre du Milieu que le Vala  Aulë (dieu de la terre) fabriqua les premiers Nains. Dans la Scandinavie du Moyen-Âge, ils sont les artisans du monde, de grands orfèvres, par ailleurs ils forgent le marteau de Thor. Ils ont les mêmes caractéristiques dans l’univers de Tolkien.

Nombre de ses personnages ont emprunté leurs noms à l’Edda, citons par exemple, Durin, Thorin, Thror (Thor), Dain, Ori, Gandalf… L’écrivain étant aussi un philologue (étudiant la linguistique historique), il ne faut pas être surpris par ces adoptions langagières.
Seul Gimli ne tire pas son nom d’un personnage de la Völuspá, mais d’un lieu : Gimlé, là où les hommes vertueux vivraient après le Ragnarök (la fin du monde). Gimlé veut dire  «étincelant » d’où la référence à un nouveau paradis, un nouveau Valhalla. Après la Guerre de l’Anneau, Gimli invite les Nains de la Terre du Milieu à le suivre dans un royaume sous la montagne, où se trouvent les merveilleuses cavernes du Gouffre de Helm : Aglarond, les cavernes étincelantes.

                                                                              Gimli par Matthew Stewart 

Après que le christianisme se soit répandu en Europe, ces personnages emblématiques ont été relégués au rang de simples figures folkloriques, au sens le plus commun du terme. L’Allemagne médiévale a participé à adjoindre plusieurs caractéristiques aux Nains, dont leur petite taille. Tolkien a donc choisi de reprendre cette particularité, non pas sortie de l’Edda, mais bien de la littérature allemande comme dans le conte « Blanche-Neige » des frères Grimm ou encore «Le Nain Tracassin ».
La Terre du Milieu a aussi cela de commun avec les mythes européens que différentes sortes de Nains existent. Nous retrouvons dans la cosmogonie de Tolkien, les sept maisons des Nains : Les Longues Barbes, Les Barbes-de-Feu, les Torses-Larges, les Poings-de-fer, les Barbes-raides, les Boucles-noires, et les Pieds-de-pierre. De même, dans le patrimoine occidental, plusieurs espèces de Nains se croisent : des Bonnets Rouges anglais, aux Fir Darrig, Bogles, Brownies écossais et autres Leprechauns irlandais !

                                                                Leprechaun par Jean-Baptiste Monge 

 

D’un autre côté, nous retrouvons les Elfes. Eux aussi créatures élémentales de la mythologie nordique, ils sont liés à l’air. Ils vivaient dans un ciel particulier nommé « Alfheim » et l’Edda nous décrit deux sortes d’Elfes : les Elfes lumineux rattachés au ciel, à la fertilité et la lumière puis les Elfes noirs, reliés à la terre, à la forge, résidant dans un autre monde souterrain (Svartalfheimen tant qu’espèce de Nain à part entière. Nous pouvons supposer que ces deux espèces ont été créées par les Dieux du panthéon nordique puisque les Nains (incluant les Elfes noirs) ont pris vie grâce à eux.

Alfheim

Svartalfheim

Ainsi, en Terre du Milieu, les Elfes se distinguent également grâce à leurs natures. Vanyar, Noldor, Sindar, Elfes Sylvains etc… sont les héritiers d’un enchevêtrement généalogique complexe. Le Dieu créateur, Eru Illuvatar fut la divinité qui insuffla la vie aux Elfes. Une fois de plus, la lumière s’inscrit comme un symbole essentiel de la représentation du bien, de la beauté. Effectivement, les Elfes de John Tolkien se sont éveillés sous les étoiles de Varda, créées pour eux en guise de bienvenue. De cet émerveillement originel naquit l’adoration des Elfes pour Elentari, la Reine des Étoiles.

                                                                     L’Eveil des Elfes par Ted Nasmith

Les Elfes Noirs peuvent être assimilés, dans les écrits de Tolkien, aux Noldor, ceux qui sont rattachés au Dieu Aulë. Leurs passions pour la joaillerie, la construction d’immenses cités, souvent encaissées dans les montagnes, ou bien le travail du cuir… Les apparentent aux Elfes du Svartalfheim.
De la même manière, l’écrivain n’a pas hésité à puiser dans l’ambiguïté Elfe/Nain de la mythologie nordique. Effectivement, détail intéressant, du « Silmarillion », Tolkien note sur l’Elfe Eöl : «  Mais Eöl, bien que le travail de la forge eût courbé sa taille, n’était pas un Nain, mais un Elfe de haute stature d’une grande famille des Teleri, dont le visage rude ne démentait pas la noblesse et dont le regard pénétrait au plus profond des ombres et des cavernes. »

                                                                               Fëanor, Elfe Ñoldorin

D’ailleurs, nous retrouvons aussi la variété de l’apparence physique des Elfes. Aucun d’entre eux ne se ressemblent ! D’une culture à l’autre, « l’elfe » peut s’apparenter à un minuscule génie de la nature (Danemark), un être semi-divin (Scandinavie), à un esprit malin (Allemagne), ou encore à une fée (Angleterre).

Toutes ces anciennes représentations ont vu leurs codes bousculés lorsque Tolkien a implanté dans l’inconscient collectif, son interprétation personnelle de l’allure des Elfes. Le professeur les a décrits comme étant des êtres supérieurs, plus évolués que les hommes. Ces créatures magnifiées, créées par Eru Illuvatar possèdent une beauté unique et ne meurent pas. « Ils seraient immortels et ne vieilliraient pas tant que durerait la Terre, cependant ils pourraient être tués dans la guerre, être assassinés ou même mourir de chagrin ». Leur nouvelle description leur attribue une taille humaine, des cheveux longs, un air fier, noble, une grande intelligence, des sens très développés, ainsi qu’une aisance au combat. Ils héritent des Elfes scandinaves, le goût pour les banquets et le raffinement. Descendants de la Grande Musique d’Eru Illuvatar, les Elfes, plus proches des Valar que les hommes, apprécient particulièrement la musique et les danses. Un bon exemple serait les Elfes sylvestres, peuple de Mirkwood dans « Bilbo le Hobbit ». Toutes ces caractéristiques se détaillent et varient suivant les différents types d’Elfes.

                                         Legolas, Elfe sinda (elfe gris) du Royaume Sylvestre par G. Warrior

Mais c’est bien le jeu « Donjons et Dragons », puis Peter Jackson (au travers de ses adaptations cinématographiques) qui nous ont permis de rencontrer ces êtres aux oreilles pointues. Depuis lors, la fantasy a brodé afin de nous offrir des milliers d’illustrations.
En outre, nous retrouvons dans les premiers brouillons du livre « Les Contes Perdus », une référence linguistique à Freyr, le Dieu des Elfes lumineux de la religion viking : Ingwë, ou Inwë, seigneur des Vanyar, dont le nom complet est « Ingwi-Freyr ». A noter que l’origine philologique de ce nom se rapporte également au dieu de la fertilité et du blé chez les Angles, « Ing», un dieu appartenant aux Vanir. Bien entendu, les emprunts et dérivés de la langue scandinave sont légions en Terre du Milieu.

Illustration à la une :  « Galadriel» par Matthew Stewart

                                                                 -Partie I : les inspirations littéraires- 

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  • Turin

    Super article Mary !
    J’attend avec impatience les futurs commentaires … 😉

  • C’est une bonne idée d’écrire un article sur le sujet, d’autant qu’il y aurait beaucoup à en dire.

    Je me contenterais juste de corriger deux points très précis : en vieil islandais, « nain » se dit « dvergr » (cf. v. ang. « dweorg », angl. mod. « dwarf »). « Náinn » est le nom d’un Nain en particulier dans le Dvergatal (section de la Völuspá sur les noms des Nains) ; il signifie « cadavre ». À rapprocher bien sûr de Náin Ier, roi nain tué par le Balrog, dont parle l’App. A du SdA.

    Quant au Thrór de Tolkien, il n’a aucun rapport avec le dieu Thor de la mythologie scandinave. On retrouve tout simplement un Thror parmi les Nains cités dans la douzième strophe de la Völuspá :

    Vigg et Gandalf | Vindalf, Thrain,
    Thekk et Thorin, | Thror, Vit et Lit, […]

    Au passage, il est intéressant de noter que Gandalf (nom qui signifie « bâton d’Elfe ») était un nom de Nain dans la Völuspá. D’ailleurs, c’est aussi le chef des Nains (le futur Thorin Oakenshield) dans les premiers brouillons du « Hobbit ». Dans ces brouillons, le magicien s’appelle Bladorthin, un nom qui n’a rien à voir avec la mythologie scandinave, puisqu’il appartient à l’une des premières langues inventées par Tolkien, le goldogrin.

    Elendil

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