L’Ombre du Mordor : ce qu’il faut savoir

Après une campagne publicitaire dense, le jeu la Terre du Milieu : l’Ombre du Mordor arrive sur nos PC et consoles. Ce jeu a déjà fait couler beaucoup d’encre, mais peu d’avis ont été donnés en tenant compte de l’univers de Tolkien, dont le jeu se dit issu. C’est pour cela que nous avons souhaité nous pencher sur le sujet.

ombre-du-mordor

L’histoire du jeu

L’Ombre du Mordor est un jeu d’action-aventure à la troisième personne, édité par le studio Monolith. Le jeu nous met dans la peau de Talion, un Ranger du Gondor tué avec toute sa famille lors du retour de Sauron en Mordor, alors qu’il était en poste à la Porte Noire. Malheureusement, le Ranger n’a pas eu droit au repos éternel, étant banni du royaume des morts par la Main Noire de Sauron. Talion va donc chercher à se venger de ce serviteur de l’Ennemi afin de trouver la paix, aidé dans sa tâche par les pouvoirs d’un mystérieux spectre elfique.

L’histoire est au premier abord très prenante, car la cinématique d’introduction, suivie des premières minutes de jeu, nous replonge efficacement dans la Terre du Milieu. Malheureusement, le rythme est un peu brisé au fur et à mesure de votre progression. En effet, à certains moments, vous aurez le choix entre plusieurs quêtes principales. Même si on appréciera la volonté de laisser une certaine liberté au joueur, ceci nuit à la continuité de l’histoire. Celle-ci est quand même prenante, ne serait-ce que pour les cinématiques, très bien réalisées, qui la ponctuent. On notera également deux combats de l’histoire, très exigeants et immersifs.

middleearthshadowofmordortalioncelebrimborgollumscreenshot-1408001532Certaines têtes connues sont au rendez-vous

Néanmoins, certains passages de l’histoire risquent fort d’agacer le lecteur de Tolkien. En effet on apprend dans le jeu que Sauron a contraint Celebrimbor à finaliser l’Unique, mais que l’Elfe en a profité pour duper le Seigneur des Ténèbres, en faisant en sorte que l’Anneau lui appartienne. Celebrimbor a donc, à l’aide de l’Anneau, levé une armée et attaqué Sauron. Mais au moment de porter le coup fatal, l’Anneau lui a échappé et est passé à l’Ennemi. Ceci pourrait tout à fait constituer la base d’une histoire alternative à celle développée par Tolkien, sauf que les apparitions de personnages comme Gollum ou Saruman, renvoyant sans cesse à l’histoire écrite par le Professeur, empêchent le scénario de se hisser en tant qu’alternative.

Les personnages

Malgré ce synopsis centré sur le personnage principal, le Ranger Talion manque de charisme. Il n’est pas loquace et prend peu de décisions, ne faisant que suivre les indications des autres personnages, principalement celles du spectre. Cela renforce l’impression que le héros n’est plus à sa place en Terre du Milieu mais, à le sentir si détaché de la réalité, on a du mal à se prendre d’affection pour lui. Qui plus est, le gameplay du jeu prend en compte la mort du héros. En effet, lorsque Talion se fait tuer au combat, ce dernier revient d’entre les morts peu de temps après. De ce fait, on a du mal à ressentir de la peur pour le Rôdeur lors des cinématiques, ou lorsqu’il fait face à de puissants ennemis.

ombremordormain-650x355Les trois principaux ennemis du jeu

De plus, à part le fantôme, peu de personnages secondaires ont droit à une psychologie développée. Cela est logique, et participe au renforcement de l’isolement de Talion. Ainsi, on a réellement l’impression qu’il n’a plus sa place en ce monde. Néanmoins, ceci a un prix et pose la question de l’intérêt de l’apparition de certains personnages. L’exemple le plus frappant est celui de Torvin. Il s’agit d’un Nain que l’on rencontre en Mordor et qu’une prophétesse nous a demandé de trouver. Ce Nain va nous apprendre à chasser et à monter les Caragogs et les Graugs, des créatures inventées pour le jeu, et va se lier d’amitié avec Talion. Étrangement, passé trois missions en sa compagnie, on ne le reverra pas. Paradoxalement, on se rappelle plus facilement de nos ennemis générés aléatoirement que des personnages secondaires prévus dans l’histoire du jeu. Cependant, quelques uns restent emblématiques. Ainsi, le Gollum que l’on croise est saisissant de réalisme dans son jeu d’acteur – rappelons en effet qu’il est issu de nouvelles sessions de motion capture -, et la Main Noire et ses deux lieutenants, les ennemis du jeu, sont également très charismatiques.

Le système Némésis

Le gros intérêt du jeu vient des ennemis générés par la machine, grâce à un système du nom de Némésis, qui a été le principal argument de promotion du jeu. Ce système permet au jeu de créer aléatoirement des capitaines Orques. Par exemple, si vous vous faites tuer par un Orque lambda lors d’une mêlée, celui-ci sera promu capitaine, et se verra octroyer un nom, un titre, et une série de forces et de faiblesses de façon aléatoire. Au fur et à mesure que cet Orque gagnera en puissance en recrutant des partisans ou en défiant d’autres capitaines, par exemple, il gagnera des forces et perdra des faiblesses. Ainsi, un Orque tout à fait anonyme peut, si vous le laissez faire, devenir un puissant capitaine. Un autre point positif : les capitaines se souviennent de vos précédentes rencontres. En effet, si le capitaine vous a tué, si vous ou le capitaine vous êtes enfui, ou encore si vous pensiez avoir tué le capitaine alors qu’il n’était que gravement blessé, vous le recroiserez dans le jeu. Il est de fait très amusant de croiser un Orque, le visage recouvert d’un sac pour cacher la brûlure que vous lui avez fait subir en le jetant dans un feu. L’Orque sera également plus puissant, car plus déterminé à vous tuer. Même s’ils sont générés de façon aléatoire, ces ennemis arrivent donc à se forger une personnalité. Le système Némésis est sans doute l’une des grandes réussites de ce jeu.

1296555-la-terre-du-milieu-la-ombre-du-mordorTalion en plein combat, aidé du spectre

Le système de combat, quant à lui, est tout aussi prenant. Talion saute d’un ennemi à l’autre, enchaîne les exécutions, et le tout semble presque chorégraphié. C’est violent et fluide, on ne s’en lasse pas. Pour rajouter au tout, l’intelligence artificielle ne vous laissera pas tranquille. Ils n’hésiteront pas à vous encercler, à vous attaquer à plusieurs en même temps ou à s’enfuir pour appeler des renforts. Le fait que les forces et faiblesses des capitaines Orques soient déterminées aléatoirement ajoute également au challenge, vous obligeant à vous adapter à chaque combat.

Un petit monde ouvert

L’Ombre du Mordor est un jeu en monde ouvert, dans lequel vous avez une liberté totale de déplacement. Néanmoins, les deux zones ouvertes qui vous sont proposées sont relativement petites, à tel point que le déplacement rapide n’est même pas indispensable. Qui plus est, les zones sont plutôt monotones, et on passera notre temps là où se trouve les capitaines Ourouks, c’est à dire dans les forteresses. A noter également, que le Mordor que l’on retrouve ici n’est pas vraiment celui que l’on pouvait imaginer. Si la première zone, près de la Porte Noire, est plutôt fidèle, bien que le simple fait que des herbes médicinales y poussent soit étrange, il n’en va pas de même en ce qui concerne les abords de la mer de Nurnen : vous vous trouverez dans une zone boisée, à la flore abondante. Décidément pas ce à quoi on s’attendait.

Mer_de_Núrnen_Concept_ArtLe Mordor semble bien accueillant dans ce jeu

Les graphismes du jeu sont plaisants. Malgré la monotonie des paysages, le rendu du moteur est très agréable à l’œil, et le tout tourne sans pertes de fps (le jeu a été testé sur PC, il se peut que ce ne soit pas le cas sur consoles). La bande son est à l’image des graphismes : correcte du début à la fin. Elle ne vous fera pas crier au génie, mais participera à vous immerger dans ce monde. Les doublages sont eux de très bonne qualité, les voix retranscrivent bien les émotions et les Orques que vous croisez disposent de nombreuses conversations différentes, et également de nombreuses voix différentes (notez que le jeu a été testé en VO).

Un bon jeu, qui n’aurait pas dû avoir de licence

Pour le test du jeu en lui même : 23 heures ont été passées sur le jeu, le temps de finir l’histoire et d’effectuer quelques quêtes secondaires. Aucun ennui ne s’est fait sentir tout au long de ce test, ce qui en fait un jeu à la durée de vie tout à fait correcte. Cependant on notera que le jeu n’offre pas une grande rejouabilité : il n’y a guère d’intérêt à recommencer un personnage.

Par contre, le jeu souffre de sa licence. Il aurait sans doute gagné à avoir un univers propre au lieu de tenter de s’approprier, de façon fort maladroite, l’univers de la Terre du Milieu. On voit difficilement l’utilité des Caragogs et des Graugs, qui pouvaient être remplacés par les Ouargues et les Trolls. De nombreux petits détails relèvent d’une certaine malhonnêteté vis à vis de l’univers de Tolkien. Un exemple parmi d’autres : lors de la brève apparition de Saruman, qui renvoie de façon appuyée à la trilogie de Peter Jackson, le héros ne semble pas étonné ou ému de la trahison du Magicien. Quant à la fin du jeu, elle en laissera plus d’un perplexe.

Ombre-du-Mordor-4Ces créatures font bel et bien partie du jeu

Le jeu sait ne pas trop faire de références à la trilogie de Peter Jackson, ne donnant pas ainsi l’impression de surfer sur la vague des films. On notera juste un « fly you fool », plutôt bien lancé d’ailleurs. Mais, d’une manière générale, le jeu a la bonne idée d’éviter de trop sombrer dans l’écueil du fan service.

Ce jeu vous plaira sans doute si vous aimez les jeux vidéos d’action. Néanmoins, si vous souhaitez vous replonger dans la Terre du Milieu, ou si la moindre incartade vis à vis de l’histoire de Tolkien vous hérisse, passez votre chemin, ce jeu n’est pas fait pour vous.

Cyril

A propos de Cyril

Etudiant en informatique, ce Bordelais d'une vingtaine d'année, est rédacteur depuis septembre 2014. Ce fan de Tolkien adore par dessus tout chercher des œuvres faisant référence ou prenant inspiration dans le Légendaire du Professeur.
Bookmarquez le permalien.