Peter Jackson en visite sur les terres de Tolkien [Vidéo ajoutée]

Le 25 juin dernier, Peter Jackson s’est rendu pour la première fois au Exeter College (Oxford), l’Université où, il y a maintenant un siècle, Tolkien a conçu la Terre du Milieu.

PJ Oxford

Dans une interview accordée à Edward Elliott, (dont nous vous proposons ci dessous une traduction en français) Peter Jackson imagine ce qu’il ressentirait si l’auteur du Seigneur Des Anneaux et du Hobbit pouvait voir ses films aujourd’hui.

En 1914, J.R.R. Tolkien était étudiant au Exeter College, et président de la Stapledon Society (association d’étudiants ndlr). Cette année là, se sont ouverts à Oxford les tout premiers cinémas de la ville, le Phoenix Picture Palace et l’Oxford (maintenant Ultime) Picture Palace – tous deux encore en activité aujourd’hui. Mais certains regardaient déjà cette nouvelle forme de divertissement avec suspicion, craignant qu’elle ne détourne les gens de la réalité et du travail. La Stapledon Society fut invitée à se prononcer sur la question, « Le cinéma, en tant que divertissement bon marché, est-il un moteur de corruption sociale ? » , et J.R.R. Tolkien prit alors position en faveur du cinéma.

« Haha, vraiment ? »  a souri Sir Peter Jackson. « Eh bien, je serais ravi de lui montrer nos films. Je serais terrifié. Je suis certain que beaucoup de choses lui auraient déplu . . .  Mais j’espère qu’il aurait parfois été surpris et ravi. »

Une séance de questions et réponses a été organisée le jeudi (25 Juin) dans le cadre des célébrations pour les huit siècles d’existence du Exeter College, qui mettait à l’honneur J.R.R. Tolkien, un des anciens élèves les plus distingués de l’Université d’Oxford. Un public nombreux s’est pressé au Sheldonian Théâtre, fébrile à l’idée de questionner le célèbre réalisateur du Seigneur des Anneaux et des trilogies du Hobbit. Le recteur du Exeter College, Sir Rick Trainor, a ouvert le débat, et l’interview a été menée par Edward Elliot. Les sujets abordés ont été très variés, depuis son impressionnante filmographie, jusqu’à ses réalisations techniques, en passant bien sûr par son attachement à Tolkien.

Au box-office, chacune des deux trilogies a rapporté près de trois milliards dollars dans le monde. Le Seigneur des Anneaux : Le Retour du Roi, à lui seul, a recueilli onze Oscars et quatre Golden Globes. Ces récompenses ont fait de Peter Jackson, natif de Nouvelle-Zélande, un Chevalier de l’Ordre du Mérite de son pays. Cependant, tout cela aurait pu ne jamais voir le jour.

La Terre du Milieu n’était pas sa destination première. A la fin du tournage de Fantômes Contre Fantômes, lui et sa partenaire Fran Walsh (à présent l’épouse de Jackson) voulaient créer une aventure fantastique originale dans la lignée des films Sinbad ou Jason et les Argonautes,  films baignés à l’époque par le génie de Ray Harryhausen en stop motion capture, et qui ont eu une influence majeure sur l’enfance de Jackson. C’est après avoir eu de nombreuses discussions sur  la façon de construire leur film à l’image du livre le Seigneur des Anneauxqu’ils ont décidé de tenter l’adaptation de l’œuvre de Tolkien elle-même.

« Nous avons eu un premier accord de Miramax et d’Harvey Weinstein. A l’origine, l’idée était de faire le Hobbit en un film, puis d’en  faire deux pour le Seigneur Des Anneaux. Nous ne savions pas qui en avait les droits. » Weinstein enquêta. « Il avait trouvé un producteur nommé Saul Zaentz qui possédait les droits du Seigneur Des Anneaux et la moitié de ceux du Hobbit – je ne sais pas de quelle moitié il s’agissait. »

Zaentz avait « rejeté de nombreuses offres de cinéastes » , dit Jackson, à cause d’une sorte de « carte de culpabilité » Hollywoodienne. Selon Jackson, ce n’est que grâce au sauvetage in extremis par Miramax du film le Patient anglais, produit par Zaentz, que tout s’est débloqué.

« Ensuite, le problème était que [la situation avec les droits] du Hobbit était trop compliquée. . .  Mais pour le Seigneur Des Anneaux c’était bon. Nous avons donc du le faire en premier ».

Les bailleurs de fonds initiaux de Miramax voulaient un projet « américanisé » – ce qui a conduit à une « lutte » créative et au « divorce » de Jackson et de l’équipe. « Je suis le premier à admettre que je ne suis pas un expert de Tolkien – je ne prétends pas l’être, » dit-il. « Nous avons essayé de respecter son travail du mieux que nous le pouvions. Nous avons essayé de ne pas américaniser. Nous avons essayé de protéger l’intégrité de ses histoires. Mais en même temps nous devions faire notre film. »

Au final, ce sont des « films dont je suis très, très fier », a t-il dit. « Nous essayons de faire des films aussi bons que possible. Nous continuons à travailler dessus. Un script n’est jamais complètement achevé. »

« Un examen auto-critique peut se poursuivre longtemps après la sortie. J’ai regardé King Kong cette année pour la première fois depuis sa sortie en 2005. »  Lui et sa partenaire se sont plongés dans la bande son, et ont discuté des « montages bâclés » et des scènes qui auraient besoin d’être « raccourcies« .

« Le Seigneur des Anneaux, le Hobbit, je suis sûr que je les verrai un jour. C’est étrange. Vous faites un film que vous voulez voir, mais quand il est terminé, vous ne voulez pas le voir ». À propos des projets qu’il pourrait avoir prochainement, Jackson a déclaré qu’il n’était « pas pressé » de reprendre un tournage. Ni d’ailleurs de revenir à Hollywood.

« En ce moment… [il y a] un grand nombre de films, qui ne sont pas le genre de films que j’aime particulièrement. Alors, ce que Fran et moi allons probablement faire c’est d’en tourner des plus petits, faire des films en Nouvelle-Zélande. »

« Il me reste aussi « The Dam Buster« , je travaille avec Stephen Fry sur un script depuis quelques années, Mais peu importe ce que nous ferons, ce sera de toute façon beaucoup plus petit. »

Après la séance de questions et réponses, durant le dîner à Exeter College, Jackson a avoué que lui et Fran étaient déjà venus à Oxford une fois : un rapide détour lors de la tournée de presse du Seigneur des Anneaux. Ils ont bu un petit verre dans The Eagle and Child, un ancien refuge de Tolkien – une rapide escapade qu’il a adoré, parce qu’il y était incognito. Familier des grandes épopées au cinéma, et du Sheldonian Théâtre, le metteur en scène – que l’on peut décrire comme un homme chaleureux, modeste et charmant – se sent cependant plus à son aise dans un cadre plus familial.

PJ Oxford 2Crédit photo : Université d’Oxford

À l’Université, il a bavardé avec les bénévoles qui étaient là pour l’événement (en photo ci-dessus) et a eu l’occasion d’examiner les archives de Tolkien, notamment l’un de ses bulletins scolaires, sa signature dans le registre de l’Université, ainsi que le compte-rendu de l’une des réunions de la  Stapeldon Society que Tolkien – secrétaire à l’époque – dépeint comme une bataille. Jackson semblait sincèrement ému, avouant que c’était la première fois qu’il avait l’opportunité de se connecter directement avec la mémoire de l’homme dont le travail lui a permis d’avoir un tel succès.

MàJ du 06/08/2015 :

La vidéo de l’interview est disponible ci-dessous pour les anglophones ! Nous allons faire notre possible pour vous fournir une traduction prochainement !

Source : Site officiel de l’université d’Oxford

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  • Etienne Leroux

    Jackson ce repose de 15 d’adaptation, qu’il en profite !
    Et peut être un jour il remétera pied sur les aventures de Tolkien comme par exemple (( les enfants de Húrin )), mais Peter Jackson n’est plus tout jeune et je comprend son vouloir de faire des films moins important.
    Mais l’avenir nous cache bon nombres de choses et surprise…