Exclusivité Tolkiendrim – Interview de Evangeline Lilly (Tauriel)

Découvrez l’interview d’Evangeline Lilly, réalisée lors du passage de Benjamin sur le tournage du film Le Hobbit !

Evangeline Lilly
Evangeline Lilly (Crédit photo : Warner Bros.)

Elle s’assoit à côté de moi, elle a sûrement réalisé que nous parlions la même langue – ou bien c’est mon charme, allez savoir –  et notre entrevue commence.

 

Cela vous a-t-il intimidé d’arriver sur une saga comme celle-ci, suivie par tant de fans ?

Evangeline Lilly : – Non, pas du tout, parce que j’ai passé six années sur la série  » Lost  » , qui a des fans tout aussi passionnés, voir même plus. Mais c’est un défi, avec ceux de Tolkien. Je me sens vraiment à l’aise avec ce genre de fans.

 

Comment avez vous vécu le fait d’interpréter un nouveau personnage, face à ceux qui ont joué dans le Seigneur des Anneaux ? 

Evangeline Lilly : – C’est incroyablement excitant. Ceux qui étaient dans la distribution du Seigneur des Anneaux débarquaient dans l’inconnu. Ils ne savaient pas que cela allait devenir un véritable phénomène, l’une des trilogies cinématographiques la plus légendaire de tous les temps. Moi, je suis arrivée alors que tout le monde se disait « Nous savons que ça va réussir, nous savons que cela va être incroyable, et que Peter Jackson peut créer la Terre du Milieu comme personne d’autre. Nous savons qu’à travers lui nous seront de bons personnages. Je suis arrivée en me disant que Peter allait faire de moi une meilleure actrice, parce qu’il est extrêmement talentueux.

Si vous regardez le parcours des acteurs de films à succès, ces stars – et je dis « stars » parce que je pense qu’il y a des talents incroyables qui font leur travail en tout simplicité – Des gens comme Tom Cruise, si vous regardez leurs choix, ils ont toujours travaillé avec de très bons réalisateurs. Et c’est une sorte de garde-fou. Si le metteur en scène est doué, il fera en sorte que vous soyez bon à l’écran, et Peter est comme ça. Il ne laissera rien de mauvais sur nous paraître à l’écran.

 

Avez-vous travaillé avec l’équipe, sur l’aspect de votre personnage ?

Evangeline Lilly : – J’ai participé à la création de Tauriel dès le début, depuis sa personnalité jusqu’à sa façon d’appréhender ses relations aux autres, et sur les nuances et le bon équilibre entre tout cela. Je dois dire aussi qu’à l’origine ses cheveux étaient plus proches du brun, auburn et que j’ai prié pour qu’ils soient d’un rouge éclatant. J’ai supplié pour qu’ils soient rouge vif et nous sommes arrivés à un compromis.

 

Au départ vous étiez un peu soucieuse que votre personnage soit créé pour le film. Maintenant que la bande annonce est sortie, êtes-vous plus rassurée ?

Evangeline Lilly : – Je le suis. Un peu plus rassurée, juste un peu plus. Les gens qui l’ont vu dans la  bande annonce ont très bien réagi. Je crois qu’ils sont vraiment heureux de voir une elfe d’action. Il n’y en avait pas eu, encore, et je suis très contente de la jouer.

 

Comment gérez-vous l’engouement des fans ? D’abord « Lost » et maintenant « Le Hobbit », cela peut devenir infernal parfois non ?

Evangeline Lilly : – Ça l’était, durant les deux premières années de Lost. Et puis j’ai commencé à apprendre un peu mieux à gérer cette pression. J’aurai souhaité débuter le tournage de « Lost » avec l’expérience et les connaissances que j’ai actuellement. Parce que je sais comment me préparer, je sais à quoi m’attendre. C’est beaucoup moins intimidant. Cela me donne sans doute plus de liberté, pour m’impliquer encore plus. Avec « Lost », je me sentais parfois tellement submergée, que je rejetais tout en bloc. Je ne voulais pas du tout me retrouver sous les feux des projecteurs, ni avoir l’attention des fans sur moi. Maintenant, je ne le recherche certainement pas non plus, je préserve ma vie privée autant que possible, mais cela m‘effraie beaucoup moins. Je sais à quoi m’attendre, alors c’est plus agréable.

 

Parlez-nous de votre préparation physique.

Evangeline Lilly : – Quand j’ai commencé sur ces films, j’étais à trois mois d’accoucher. Mon corps n’avait pas la forme qu’il a habituellement. Mon bassin s’était élargi, et je n’étais pas très musclée, car lorsque vous êtes enceinte vous ne devez pas soulever de lourdes charges, ni faire de sport. J’allaitais, j’avais adopté un mode de vie très sédentaire et je n’arrêtais pas de manger. Alors ça a été un défi pour moi, physiquement, d’entrer dans ce rôle. J’ai dû faire une formation de cascadeurs.

Si je n’avais pas allaité, j’aurais commencé à travailler, j’aurais développé les muscles nécessaires pour être capable de tirer une flèche, de manier deux couteaux, et de faire tout ce que le rôle demandait. Mais le risque, quand vous allaitez, c’est que vous pouvez perdre votre lait. Si vous vous fatiguez et que vous brûlez trop de vos précieuses calories, il n’en reste plus assez pour produire du lait. Alors, je n’ai rien fait, je ne me suis pas entraînée. Je suis simplement allée à la formation de cascadeur, je suis venue sur ​​le plateau et j’ai espéré que cela se passe bien et que le résultat soit bon.

Quand j’ai vu la bande annonce, j’ai poussé un gros soupir de soulagement en voyant que ma présence était moins perturbante que je ne le pensais.

 

A quoi servent ces marques noires sur vos mains ?

Evangeline Lilly : – Oh oui, c’est pour le travail d’aujourd’hui. J’étais à cheval, je chevauchais derrière Legolas – Orlando Bloom – et je tirais à l’arc. Comme vous l’avez peut-être remarqué, si vous étiez dans le studio, je ne tire aucune flèche, car ce ne serait pas très précis, ça l’est beaucoup plus de le faire en post-production (Les flèches sont ajoutées numériquement. Ndlr). Je devais donc faire semblant de sortir une flèche et de tirer. Pour mettre cette flèche dans l’arc, ils doivent être en mesure, en post-production, de pouvoir suivre mes mouvements du mieux que possible. Il y a donc des marqueurs de suivi afin que, lorsque mon poing est à l’avant, devant l’arc, ils puissent suivre ma main, ses angles et ses nuances, beaucoup plus facilement que si c’était simplement une forme floue de couleur chair.

 

Est-ce difficile pour vous de tourner avec toute cette technologie ?

Evangeline Lilly : – C’est le travail le plus difficile que j’ai jamais eu à faire, en tant qu’actrice. La technicité submerge presque entièrement les capacités à être naturelle, à ressentir et à donner de l’émotion. C’est comme un jeu dans lequel la question serait : « qu’est ce qui est le plus important ? ». Parfois, je dois laisser passer le flux des émotions, et oublier toute cette technique – Comment faire les cascades, comment être une Elfe, parler avec un accent, comment parler Elfique – je dois arrêter de penser à toutes ces choses là. Et s’il y a des erreurs ou des détails qui ne rendent pas très bien, j’espère juste que les gens seront captivés par ma prestation, et qu’ils ne le remarqueront pas.

Mais il y a d’autres moments où je me dis que, quand même, aujourd’hui, l’interprétation est souvent l’esclave de la technicité. la séance de tir à cheval de ce matin en est l’exemple parfait. Il était plus important que je me concentre sur la technique plutôt que sur ma colère ou sur le fait que je sois en train de tuer. Sur cette scène là, l’assurance que les mouvements sont parfaits et les tirs précis, est beaucoup plus importante que le reste.

 

Tous les acteurs nous ont parlé de l’esprit de famille qui règne sur ce plateau. Peter Jackson et Fran Walsh ont-ils fait en sorte que vous soyez un membre à part entière de cette famille ?

Evangeline Lilly : – Peter et Fran, bien sur, mais Philippa aussi (philippa Boyens, coproductrice Ndlr). Elle est un peu l’ambassadeur du trio, elle ouvre ses portes et ses bras. Elle fait beaucoup de relation publique, car bien sûr, Peter et Fran sont très, très occupés. Mais c’est l’équipe la plus ouverte, la plus chaleureuse, la plus accueillante avec qui j’ai jamais travaillé. Peter est le seul réalisateur qui m’ait reçu dans sa maison. Ils sont les seuls auteurs à m’avoir dit: « Voici ce que nous envisageons, pour le script. Qu’en penses-tu ? Est ce que tu aimes ? Veux-tu changer quelque chose ? Es tu heureuse ? » C’est une expérience vraiment unique, très Kiwi.

taurielTauriel (Crédit photo : Warner Bros.)

 

Et souhaitiez-vous changer des choses ?

Evangeline Lilly : – Parfois, oui, j’ai voulu changer certaines choses étranges. Ce qui est formidable, c’est que ça n’a pas été perçu comme une critique. Ils l’ont pris beaucoup plus comme une collaboration. Ils donnent une telle liberté aux acteurs que ça nous permet de nous exprimer : « J’ai l’impression cela ne marche pas vraiment et j’aimerais essayer ça, ça et ça. » Et ils sont très, très ouvert. Le casting sur ce film est très bon à ce propos, parce certains acteurs sont un peu « chatouilleux » du genre : « Vous faites votre travail, je fais le mien, et vous ne franchissez pas la ligne ». C’est souvent de la courtoisie tacite entre nous. C’est ce que nous faisons tous.

Mais avec le temps quelque chose s’est passé sur ce film, dans notre relation entre acteurs. On s’est détendus, et il est devenu normal de nous dire pendant une scène « Oh, ce serait  cool  si tu essayais ça. » et les gens répondaient « Oh, oui, oui, oui ! » c’est devenu une collaboration et je pense que cela a commencé par le haut, avec Peter, Fran et Philippa, qui nous ont laissé collaborer avec eux, alors ensuite on a fait de même.

 

Quels ont été pour vous  les moments les plus drôles et les plus durs sur ce tournage ?

Evangeline Lilly : – Le plus amusant est certainement d’être une « kick-ass » elfe. C’est vraiment drôle. Et le plus difficile c’est de jouer la comédie avec un accent, car cela demande une certaine concentration. Si j’avais eu mon texte un mois à l’avance, ça n’aurait pas été difficile, mais habituellement je l’ai la veille. Alors, quand j’arrive sur le plateau, je pense encore très fort à la façon dont je dois prononcer les mots. Au moment où j’entends « Ok, moteur caméra ». Je ne rentre pas dans le personnage mais je me répète « Non, non, non, non, non » afin de le prononcer vraiment « non » et pas « nan ». C’est probablement la partie la plus difficile pour moi.

 

Avez-vous pris part à la création de votre costume ?

Evangeline Lilly : – oui, effectivement. Ils m’ont montré des dessins conceptuels, ils m’ont demandé quels étaient ceux que je préférais. Ils ont pris mes mesures, et ont commencé à fabriquer un costume. J’ai fait une quantité infinie d’essayages. C’est une vraie torture, parce que vous devez vous tenir là, pendant trois ou quatre heures, tandis que l’on vous tire, on vous pousse, on vous regarde, en disant « Oh.. ça a ne rend pas bien du tout. C’est quoi le problème avec cette partie du costume? » Mais on m’a toujours laissé dire, probablement plus que n’importe qui, « Je n’aime pas trop ça, ça ne va pas. » ou « oh, J’aime ça, on peut le garder ? ».

Par contre, la chose dont je suis à l’origine, et qui ne faisaient pas partie de mon costume, c’était mes oreilles. Parce qu’ils m’ont donné un choix de trois oreilles très différentes allant de petites, moyennes à grandes et j’ai immédiatement dit « Je veux les grandes ! » ils ont répondu « Oh, non, non, essayons les plus petites et les moyennes en premier ». C’est ce qu’ils ont fait, mais j’ai répété « Non, je veux que les grandes ! » Il y a aussi les cheveux, comme je l’ai dit, j’étais plus auburn et moi, je voulais vraiment avoir les cheveux rouges flamboyants. J’ai dit « S’il vous plaît, puis-je avoir les cheveux rouge vif ? »

 

Aidan Turner a parlé d’un petit moment tendre entre vous, dans le deuxième film. Y aura-t-il une sorte de romance entre vous ?

Evangeline Lilly : – Les gens vont être sans doute ravis ou déçus d’apprendre que je vais me retrouver – encore une fois – dans un triangle amoureux, avec Kili et Legolas.

 

Durant le tournage d’une scène, essayez-vous différentes chose à l’instar de Martin Freeman ?

Evangeline Lilly : – Quand je suis vraiment dedans, je fais ce que j’ai à faire, et Peter obtient des nuances à chaque prise. Quand j’ai un peu mal et que les choses ne se passent pas comme elles devraient se passer, alors on aura probablement cinq ou six interprétations exactement identiques. Peter me demandera alors : « Hey, peux-tu faire un mélange de tout ça ? » ou alors il me donnera des indications. C’est la magie et la beauté du cinéma, on ne fait rien tout seul.

Parfois je me sens comme une rockstar, parce que je me dis « j’ai assuré sur ce coup, ça fait du bien » Mais d’autres fois, Je ressors avec rien, juste de la gratitude envers Peter pour m’avoir prise par la main, ou aidé avec l’accent, et m’avoir guidée et montré ce que je ne dois pas faire.

Je ne compte plus les fois où j’ai travaillé avec lui, où il m’a donné un truc qui me permettait de me remettre dans une bonne dynamique, de passer de l’état de gêne à un sentiment où tout devient simple, grâce à lui. C’est merveilleux de travailler avec Peter, parce qu’il est amusant, et nous passons un bon moment, nous rions beaucoup. Nous faisons des films, nous ne tentons pas de vaincre le cancer. J’aime être là et jouer. On s’invente des vies, voilà comment je vois mon travail.

Quand je suis avec un réalisateur qui prend tout très au sérieux, je me ferme comme une huître, tout simplement. j’ai une telle pression sur ​​moi, que je perds mon aisance et l’aspect ludique de ce que nous faisons.

Peter, lui, raconte des blagues toute la journée, il a toujours de la nourriture sur sa chemise après le déjeuner, il a les cheveux hirsutes, une tasse de thé, il rit et fait toujours ces lectures de script hilarantes : « Et si tu essayais comme ça? » alors se donne un visage qui se veut elfique ou Nain , ou gobelin. Il joue la scène, et il est vraiment très drôle, surtout quand il essaie d’être un Elfe. Imaginez Peter Jackson en Elfe. Il a tellement d’auto-dérision ! Il rit de lui-même, il s’amuse sur le plateau, et pour moi c’est le meilleur environnement pour travailler.

 

Que savez-vous de votre rôle dans la bataille des cinq armées ?

Evangeline Lilly : – Il y aura ce moment incroyable où Tauriel traversera le champ de bataille tirant sur tout ce qui bouge pour rejoindre Kili. Je n’ai pas encore tourné cette scène, je n’ai même pas encore lu le script car nous n’avons pas encore reçu le troisième scénario. Je ne sais pas à quoi cela va ressembler. J’ai tourné une scène cette semaine où Thranduil veut quitter la bataille. Il veut partir et sauver ce qui reste de son armée, et je me tiens en travers de son chemin. Cette scène était merveilleuse à jouer. C’est très amusant de voir ces trois elfes – Legolas était là aussi – dans une situation de conflit les uns envers les autres. On ne les voit pas souvent se battre entre eux et apparemment quand ils le font, les armes sont tirées et ça devient brutal.

 

Qui appréciez-vous le plus dans cette production, hormis Peter ?

Evangeline Lilly : – Fran Walsh. Elle est l’héroïne méconnue de ces films. C’est une personne très timide, qui reste loin des projecteurs. Je pense que Peter, courageusement, gère ça à sa place, parce qu’il l’aime et veut la protéger d’une trop grande exposition.

Apprendre à la connaître a été une surprise totale, car elle incarne définitivement ce que je pense être le pouvoir féminin. Je ne pense pas qu’un personnage comme Tauriel incarne la puissance féminine. Je pense qu’elle incarne le pouvoir masculin. Les femmes dans les films qui se battent et qui tuent, ne représentent pas le pouvoir des femmes. Même si elles peuvent, d’une certaine façon, être les icônes du mouvement féministe, elles représentent des femmes qui agissent comme des hommes et ça n’a pas grand intérêt, à mes yeux.

Mais quand je regarde une femme comme Fran Walsh, incroyablement compatissante, à l’écoute lorsque quelqu’un se fait mal, qui entend les craintes d’un tel, les douleurs d’une autre, douée d’une telle empathie, connectée aux autres, la main toujours tendue pour aider… quand je la regarde, incroyablement intelligente, extraordinaire écrivaine, capable de désosser une histoire et de créer de merveilleux films…  Alors je pense que toutes ces choses qui font d’elle une personne si douce et vulnérable, ce sont elles qui la rendent forte.

Je la regarde et je pense « J’aimerais qu’il y ait plus de femmes comme elle dans les films » et les gens diraient d’elle « C’est l’incarnation du pouvoir féminin », il prendrait alors une forme très différente de celui des hommes. Et je pense que c’est surtout parce que les histoires sont écrites par des hommes que cela n’arrive jamais.

 

– Fin de l’interview –

Retour vers le journal de Benjamin sur le tournage du Hobbit : jour 2

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