Exclusivité Tolkiendrim – Interview de Sir Peter Jackson

Découvrez l’interview de Sir Peter Jackson – réalisateur/producteur/scénariste – réalisée lors du passage de Benjamin sur le tournage du film Le Hobbit !

Peter JacksonCrédit photo: Warner Bros.

 

 

A son tour Peter Jackson s’assied,  muni de son éternel mug de thé et toujours en short et en chemise, malgré le froid ambiant et la nuit tombée. (Cet homme doit être apparenté à Beorn, je pense.)

 

Aimez vous bouger la caméra, comme pour la scène d’aujourd’hui ?  D’où vous vient cette façon de filmer ?

Sir Peter Jackson : – Chaque directeur est évidemment différent, et chacun a sa propre sensibilité. Je suis personnellement fasciné par la notion de sensation, j’éprouve toujours une grande  émotion à ressentir la façon dont la caméra peut quasiment devenir un acteur de la scène. Je pense vraiment qu’elle est un outil qui vous permet d’envoyer des messages subliminaux aux spectateurs. Les gens n’en ont pas vraiment conscience, mais si vous avez un acteur tranquille et statique durant un moment d’émotion, la caméra se déplace vers lui, et sans vous en rendre compte vous êtes captivé par son interprétation.

J’aime que ce soit vivant. Quand c’est chaotique, quand il y a une bataille, quand ça tourbillonne dans tous les sens, vous essayez de faire en sorte que les personnages aient l’air d’être au milieu du chaos, et pour cela vous pouvez vous aider de la caméra en tournant autour d’eux. Je regarde toujours chaque scène en pensant à la façon dont la caméra pourrait être actrice, et si c’est une actrice, quel rôle devrait-elle  jouer et comment l’interpréterait-elle ?

 

Utilisez-vous de nouvelles techniques dans ce troisième volet ?

Sir Peter Jackson : – Pas particulièrement. Le fait que nous tournions les films à la suite, même si nous faisons quelques scènes supplémentaires en ce moment, fait que les trois épisodes sont cohérents dans la réalisation.

 

Tauriel (Evangeline Lilly. Ndlr) aura-t-elle un grand rôle à jouer dans le troisième film ?

Sir Peter Jackson : – Oui. Dans la deuxième et la troisième partie, elle est un nouveau personnage qui arrive dans l’histoire et a une importance particulière dans le film. Oui.

 

Une grande partie du troisième film est consacrée à la bataille des cinq armées. Comment avez-vous abordé ce sujet ? Avez-vous commencé avec la logistique générale (qui se bat contre qui, et quand), ou bien avez-vous choisi en premier les moments plus humains et émouvants comme la scène d’aujourd’hui ?

Sir Peter Jackson : – Nous faisons les deux. Tolkien décrit très bien la bataille en des termes stratégiques, et nous faisons en sorte de suivre au mieux ses indications. Ici nous sommes à Dale, une ville en dehors d’Erebor. C’est un emplacement stratégique dans la bataille. De toute évidence, les forces qui contrôlent Dale contrôleront la bataille. C’est pourquoi les combats y sont assez féroces.

Quand nous tournions la bataille du Gouffre de Helm et de Minas Tirith pour Le Seigneur des Anneaux, et que nous étions en salle de montage, nous ne voulions pas voir plus de trois plans successifs sans l’un de nos personnages principaux. Vous regardiez des figurants, des cascadeurs ou des créatures numériques, du combat, du combat… Et après deux ou trois de ces plans, vous aviez vraiment besoin de revenir à l’histoire. Les personnages aussi ont un rôle à jouer.

Voir seulement Gandalf ou Bard, ou qui que ce soit d’autre en train de combattre, c’est bien jusqu’à un certain point, mais ça ne fait pas avancer le récit. Ce que nous essayons de faire, c’est de toujours poursuivre l’intrigue du film durant les batailles. Ainsi, même au beau milieu de la bataille qui fait rage, les personnages poursuivent leur voyage et vous continuez à suivre leurs aventures, les liens qu’ils entretiennent, et les conflits qui les séparent.

 

Est-il vrai que vous pensiez que la trilogie du Seigneur des Anneaux serait en concurrence avec Le Hobbit ? Quel est votre sentiment, maintenant que c’est la fin ?

Sir Peter Jackson : – depuis le début, je suis très enthousiaste à l’idée de faire Le Hobbit, parce qu’il y avait tous ces nouveaux personnages, et je ne voulais vraiment pas reproduire le Seigneur des Anneaux. Le Hobbit est évidemment très différent, les personnages sont nouveaux et l’histoire est fondamentalement différente, même si j’apprécie le fait de pouvoir relier des éléments du Hobbit au Seigneur des Anneaux.

Je suis content que nous n’ayons pas fait le Hobbit en premier, car si l’on prend ce livre tel qu’il est, on aurait tendance à en faire tout naturellement une histoire enfantine, parce qu’il est très proche du livre pour enfants. En abordant par la suite Le Seigneur des Anneaux, il y aurait eu une grande différence, vous auriez été précipité vers quelque chose de beaucoup plus sombre.

Mais parce que nous avons fait l’inverse, Il est intéressant de voir la façon dont nous pouvons commencer Le Hobbit, sur un ton un peu plus fantaisiste et léger, et au fur et à mesure que l’histoire progresse, l’amener doucement là où il doit se trouver, en successeur naturel de La Communauté de l’Anneau. Au bout du compte, les gens pourront regarder six films dans un coffret, dans les années à venir. J’ai fait en sorte qu’il y ait une cohérence.

 

Steven Spielberg a récemment déclaré qu’à Hollywood seuls les « blockbusters » ont leurs places. Etes-vous d’accord avec cette idée ?

Sir Peter Jackson : – C’est une question intéressante. Je pense que c’est très imprévisible, ce qu’il va se passer avec l’industrie du film. Je pense qu’il y aura toujours une place pour les blockbusters, comme cela a toujours été le cas. Depuis les Dix Commandements et Ben Hur, il y a toujours eu une place pour eux au cinéma, et une partie du spectacle réside dans la magie de sortir de chez soi, et d’aller s’asseoir dans une salle devant un énorme grand écran.

La vraie question concerne les films à plus petits budgets, et c’est bien sûr directement en rapport avec le divertissement à domicile. Les chaînes de télévision comme HBO et FX, qui sont en quelque sorte les câblodistributeurs américains, présentent des programmes souvent avant-gardistes (ce qui correspond aux films à petits et moyens budgets) et vous permettent de voir des films de qualité à la télévision. Alors, est-ce que les gens se déplaceront encore au cinéma pour regarder quelque chose ce format là ? ce sera intéressant à vérifier.

Personnellement, je crois qu’il y aura toujours des films de cinéma, parce que le seul fait de quitter votre maison, peut-être d’aller dîner dehors, ou de rejoindre des amis pour se retrouver dans une immense salle obscure avec un grand écran, c’est quelque chose de magique qui ne disparaîtra jamais. Quelle que soit la forme que cela prend dans les années à venir, qui sait ? Je ne peux pas imaginer, en tant qu’êtres humains, que nous puissions être heureux simplement en restant à nous divertir dans notre maison. Je ne pense pas que cela arrivera.

 

Pourquoi une fréquence de Quarante-huit images par seconde et pourquoi utiliser la 3D ?

Sir Peter Jackson : – Mon truc avec les quarante-huit images par seconde, c’est que nous sommes en 2013, et si vous regardez cent ans en arrière, en 1913, les films étaient en noir et blanc et muets. Pour la plupart, ils duraient vingt minutes, et étaient tournés à seize images par seconde. Maintenant, une centaine d’années plus tard, c’est pratiquement la fin des films sur pellicule, ils sont devenu numériques et ils sont en 2K. 

Alors je me dis que si vous vous projetez dans une centaine d’années, en 2113, je peux vous garantir que les films ne seront plus à vingt-quatre images par seconde. Je vous garantis qu’ils ne seront pas en 2k, ils seront probablement en ultra haute résolution. Qui sait à quoi ils ressembleront dans une centaine d’années ?

Quelque part dans ce voyage, nous devons utiliser la technologie pour continuer à faire bouger les choses. Alors, oui, je pense qu’avec l’avancée technologique, les projecteurs et les caméras électroniques et numériques, nous devrons être capable d’attirer les gens dans les salles de cinéma pour qu’ils puissent vivre une expérience exceptionnelle, bien au-delà de ce qu’ils pourront jamais avoir chez eux.

 

A quoi ressemble votre journée typique de travail, à filmer ces scènes supplémentaires ?

Sir Peter Jackson : – Je passe le plus clair de mon temps à me demander si nous allons pouvoir tout filmer, parce qu’en tant que réalisateur j’ai un planning. Nous avons un certain nombre de jours pour tourner un film, et à la fin de ce temps nous devons avoir fait tout ce qu’il y a dans le script. J’ai mon script ici. C’était la scène que nous venons de tourner.

Le matin au réveil je réfléchis : « Bon, combien de plans peut-on faire aujourd’hui ? » parce que selon l’emplacement ou le studio, selon la complexité, certains jours nous ne pouvons tourner que six ou sept plans. Les autres jours nous en tournons peut être dix ou douze, cela dépend de beaucoup de facteurs. Je regarde tout ça et je me dis : « Comment vais-je filmer cela ? » « Bon, je pense qu’il y a environ cinq plans ». Je sais donc que cela va nous prendre un certain temps, de sorte qu’à environ trois heures de l’après-midi, je veux en avoir terminé avec cette scène.

Je dois planifier. Dès que j’arrive, je me donne une cadence, un rythme de travail. C’est un peu une torture parce que je suis toujours en train de regarder ma montre, « Mon Dieu. Nous devrions avoir fini cela il y a vingt minutes ! Nous devrions être au plan suivant… ». Je dois toujours faire attention, il est impossible que je me retrouve à la fin de la journée et que tout à coup je me rende compte que nous n’avons pas terminé nos scènes. C’est très difficile.

 

Travaillez-vous tout au long de la journée ?

Sir Peter Jackson : – Nous ne pouvons pas vraiment continuer à filmer ici parce qu’il fait nuit, comme vous le voyez maintenant. Si nous n’arrivons pas à finir, nous faisons des heures supplémentaires, une heure ou deux, mais nous ne pouvons pas le faire maintenant.

 

– Fin de l’interview –

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