De Jackson à Tolkien : l’impact des films

La trilogie du Hobbit touche à sa fin, mais avant de dresser son bilan l’équipe de Tolkiendrim a décidé de consacrer un article aux retombées des films sur la perception de l’univers du Professeur.

Des livres aux films

Lors de notre live avec le Fossoyeur de Films nous avons parlé des enjeux qui se cachent derrière les adaptations, mais il en est un que nous n’avons pas évoqué, l’influence des adaptations sur la notoriété de l’écrivain et de ses œuvres.

LES FILMS : AU SERVICE DE TOLKIEN ?

Que ce soit au cinéma, dans les rayonnages des supermarchés, à la télévision ou sur internet, les films, en plus de leur dimension attrayante, représentent l’un des médias les plus populaires qui soit à l’heure actuelle. Si l’on se penche sur la trilogie du Seigneur des Anneaux réalisée par Peter Jackson à partir du roman éponyme de J.R.R. Tolkien, il est nécessaire de garder cette réalité en tête. Dans le même temps, les produits du septième art font fréquemment l’objet de campagnes promotionnelles pharaoniques. Ces dernières sont l’occasion pour les acteurs de se livrer au jeu des interviews tandis que les équipes techniques montrent l’étendue des prouesses qu’elles ont réalisées lors de la phase de post-production.

Le Seigneur des Anneaux fait partie des films qui parviennent à tirer leur épingle du jeu, là où d’autres échouent et peinent à convaincre. La trilogie a fait l’objet de très nombreuses critiques dithyrambiques, qu’elles émanent des professionnels de l’industrie cinématographique ou de spectateurs lambda. On retiendra notamment les onze Oscars raflés par le Retour du Roi en février 2004.

Ainsi, en plus de l’accessibilité inhérente aux films, la couverture colossale dont dispose la trilogie de Peter Jackson et le triomphe qui accompagne sa sortie, participent à accroître considérablement la visibilité de l’univers imaginé par Tolkien. Dès lors, les films permettent d’amplifier la diffusion des écrits du Professeur auprès de personnes qui ne le connaîtraient pas encore.

Comme l’indique Vincent Ferré dans Tolkien, trente ans après (1973-2003), 2001 constitue un tournant dans la perception de l’auteur en France. D’une part on note qu’à cette période les ventes du Seigneur des Anneaux ont été supérieures à celles de sept années précédentes cumulées, et d’autre part, on constate que les publications autour de l’écrivain se sont multipliées et ce y compris dans le domaine universitaire. La sortie des films de Peter Jackson a donc amorcé une rupture en participant à raviver l’intérêt pour un auteur que tous n’avaient pas encore découvert et à lancer la publication de certains de ses travaux encore inédits. Dans le même temps, à mesure que son lectorat s’élargissait, le philologue, qui a défaut d’être inconnu n’était souvent vu que comme l’homme d’un seul livre,  a pu bénéficier d’une reconnaissance plus institutionnelle.

Tolkien, trente ans après (1973-2003)Tolkien, trente ans après (1973-2003),
indispensable pour faire le point sur la recherche francophone

 

L’impact des films est donc véritablement colossal. D’un côté ils relancent les ventes de livres, comme en témoignent les multiples ouvrages liés à Tolkien et ses travaux que l’on trouve chez tout libraire qui se respecte. Et de l’autre, les films participent à élargir la réception de tous les travaux du Professeur. Les films ont donc amorcé un processus qui permet à l’écrivain d’être mieux connu en tant qu’auteur, mais aussi en tant qu’universitaire. A titre d’exemple, on peut notamment penser à Bernd Greisinger qui a découvert Tolkien par le biais des films et participe, à son échelle, à le faire connaître grâce au musée qu’il a ouvert.

D’UNE ESTHÉTIQUE À L’AUTRE : QUAND LES FILMS PRENNENT LE PAS SUR LES LIVRES

Cependant, dès lors qu’un livre est adapté, le réalisateur se l’approprie et en produit une vision qui lui est propre. C’est un processus logique qui doit être guidé tant par le respect de l’œuvre que par le fonctionnement des codes cinématographiques, nous en avons longuement parlé lors de notre dernier live en compagnie de François Theurel. Derrière le processus d’adaptation se cachent des enjeux aussi multiples que complexes, parvenir à un résultat probant relève donc du parcours du combattant. A terme, c’est une version différente de l’œuvre originelle qui voit le jour, tant du point de vue esthétique que du point de vue philosophique.

Ce processus n’est pas problématique en soit tant que la vision du réalisateur ne vient pas supplanter la version initiale. C’est là, la prouesse de Peter Jackson avec la Communauté de l’Anneau, comme l’indique Vincent Ferré :

« Les souvenirs que nous avons du livre se superposent au film et le « démultiplient », redonnant une certaine épaisseur à un film qui, sinon, serait trop rapide et trop « plat » ; il peut plaire à ceux qui ne connaissent pas Tolkien, et surtout leur donner envie de lire Le Seigneur des Anneaux.1»

 

Là où le bât blesse c’est qu’au fur et à mesure de l’avancée de la trilogie le réalisateur semble avoir pris ses aises et s’être quelque peu égaré en chemin. Comme l’indiquait, il y a quelques temps, Viggo Mortensen dans une interview accordée au journal The Telegraph « tout ce qui faisait la subtilité du premier film s’est dilué dans les deux suivants ». La trilogie, bien que pour ma part je l’aie appréciée, s’est progressivement orientée vers une exacerbation d’actions violentes qui simplifie à outrance une partie du message de Tolkien et livre une vision profondément manichéenne d’une œuvre qui ne l’est pas. Bien que l’on puisse juger la trilogie relativement fidèle aux écrits de Tolkien, elle entraîne finalement une déformation de l’œuvre, légère ou plus importante, c’est à chacun de se forger son avis sur la question.

Dans le même ordre d’idée, on constate que, peu à peu, les choix du Néo-Zélandais viennent empiéter sur nos souvenirs. Combien oublient que Lurtz, à l’instar de Tauriel, est une création du réalisateur et non de Tolkien? Il est parfois nécessaire de se replonger dans les écrits de Tolkien pour arriver à se souvenir de ce qui y est dit précisément. Le film biaise donc en partie les souvenirs que l’on peut avoir de l’œuvre. En ce sens commence alors à se dessiner la dimension ambivalente qu’ont les retombées des films sur les romans.

Autant le Seigneur des Anneaux de Peter Jackson, bien que fortement critiqué par le clan Tolkien, semblait rester relativement proche des grandes idées de l’œuvre, autant le Hobbit semble s’en éloigner de plus en plus. Que le réalisateur choisisse de traiter ce récit de manière plus sombre pour coller à la première trilogie peut se comprendre, mais qu’il se fourvoie dans des interprétations réductrices ou dans l’invention de scènes improbables, un peu moins. Comment supporter, notamment, le flirt grotesque qui se noue entre Kili et Tauriel ? Et surtout, même si cette décision semble émaner des studios, comment justifier pareil écart inutile ? C’est une question que l’on peut se poser et qui illustre, par ailleurs, l’un des plus gros travers de la nouvelle trilogie : sa propension à parfois livrer une vision biaisée et incohérente de l’œuvre de Tolkien.


Je ne me rappelle pas avoir vu pareille histoire d’amour dans les romans, sortons les mouchoirs !

 

QUAND LA TERRE DU MILIEU DEVIENT TERRE DU MARKETING

Dans le même temps on constate une autre dérive symptomatique de cette réalité : l’existence d’un discours assez répandu qui présente la Nouvelle-Zélande comme la Terre du Milieu. Bien qu’il ne s’agisse là que d’une manifestation de l’admiration pour les paysages de ce territoire, elle n’en est pas moins frappante. En effet, il s’agit là d’une vision quelque peu réductrice des choses, autant pour la Terre du Milieu que pour cette sublime contrée qu’est la Nouvelle-Zélande.

Le projet de changement du drapeau néo-zélandais est tout aussi symptomatique. Selon les dires des défenseurs du projet, l’objectif premier de cette opération consiste à faire disparaître l’Union Jack du drapeau néo-zélandais, jugé trop proche de son équivalent australien. Le nouveau drapeau se verrait orné d’une fougère argentée – déjà présente sur de nombreux maillots sportifs – qui serait modifiée pour arborer une allure plus « elfique ». Le pays récupère donc l’œuvre de Tolkien, par le biais des films, pour assurer sa propre promotion. Le discours faisant de la Nouvelle-Zélande la nouvelle Terre du Milieu n’est alors qu’une intériorisation d’un langage marketing rabâché sans cesse.

La Nouvelle-Zélande n’est pas le seul pays à tirer profit de la manne financière que représentent les films. Comme le souligne Marcel Aubron-Bülles sur son blog, the Tolkienist, le site officiel de tourisme anglais « Visit England » exploite, lui aussi, le filon en proposant à ses internautes des circuits en Terre du Milieu. Bien que l’idée reste alléchante et permette aux touristes de visiter certains lieux ayant véritablement inspirés Tolkien, d’autres espaces comme la « Forest of Dean » ou encore « Kinvers Edge », ne sont pas avérés comme réellement liés au Professeur, contrairement à ce que l’on voudrait nous faire croire. Il convient donc de bien se renseigner, certaines compagnies n’hésitant pas à profiter de la notoriété apportée par les films pour associer leur produit touristique à Tolkien.

En outre, la compagnie aérienne Air New-Zealand surfe, elle aussi, sur la vague de popularité des films comme en témoignent les spots publicitaires – assez amusants, il faut bien l’admettre – créés à la sortie des adaptations signées Peter Jackson ou l’apparition du dragon Smaug sur l’un de leurs appareils. Enfin la sortie de produits dérivés de plus en plus éloignés des livres participe également à ce glissement progressif de la Terre du Milieu vers la Terre du Marketing, ce qui ôte indirectement toute substance à l’univers de Tolkien.


Campagne publicitaire Air New-Zealand 2012

 
Campagne publicitaire Air New-Zealand 2013


Business is businessVous reprendrez bien un petit body à l’image de Legolas mesdemoiselles ?
Si quelqu’un peut m’expliquer le rapport avec Tolkien…

 

L’œuvre du Professeur devient alors un produit comme un autre, un placement qu’il est nécessaire de faire fructifier. La division du Hobbit en trois films de près de trois heures chacun en est un exemple et la sortie du jeu l’Ombre du Mordor, résolument à des années lumières de la Terre du Milieu malgré son titre, en est un autre.

D’UNE COMMUNAUTÉ À UNE AUTRE, LA FIN DE LA COMMUNAUTÉ DE L’ANNEAU ?

La dimension commerciale que revêt une adaptation de cette envergure ne constitue en rien une nouveauté, cependant on peut se demander si ce trait ne s’est pas durci ces dernières années. La médiatisation qui servait l’œuvre de Tolkien ne mène-t-elle pas finalement à diviser les admirateurs de la Terre du Milieu ?

A l’époque de la sortie de la trilogie du Seigneur des Anneaux au cinéma, une scission s’était déjà opérée entre les plus puristes et les lecteurs de Tolkien qui ont néanmoins apprécié les films. Cependant la distance restait surmontable, la plupart étant animé par un même intérêt pour le Professeur. Qu’en est-il aujourd’hui ? La scission semble avoir évolué en complexifiant au passage les limites de la communauté. On pourrait même se demander si la rupture ne serait pas plus forte encore, à moins que cette dernière n’ait fait que devenir plus visible au fil du temps et à l’heure d’internet.

L’exposition médiatique poussée dont les films font l’objet conduit certains fans de l’univers de la Terre du Milieu à développer un grand intérêt pour les acteurs qui s’y illustrent. Il n’est nullement question de critiquer ici les performances tout à fait respectables de ces derniers, mais bel et bien de souligner cette évolution. Bien que s’intéresser à Tolkien et aux membres du casting ne soit pas incompatible, cela conduit à la dissolution d’une communauté dont les attentes ont évolué en des sens partiellement opposés. Là où l’intérêt principal portait sur Tolkien et ses écrits, certains membres de cette communauté en viennent à se focaliser sur d’autres considérations sans doute plus éloignées des écrits du Légendaire.

Un léger contrasteCa ne saute pas aux yeux, mais il y a comme un contraste.
Bon, je dois bien admettre que l’exemple est ici un brin caricatural

Certains fans en viennent alors à penser que les multiples conventions rassemblant acteurs et autres participants à l’élaboration des films constituent une plongée dans l’univers de Tolkien. En réalité c’est se méprendre, ces conventions ne constituent qu’un moyen de plonger dans les coulisses de ces méga-productions et non pas dans l’univers de Tolkien. Il s’agit sans doute là d’une expérience intéressante et enrichissante, mais certainement pas d’une façon d’explorer les écrits du Professeur. Les participants sont avant tout sur place pour rencontrer les acteurs et apprendre des anecdotes du tournage, pas pour partager véritablement leurs expériences personnelles relatives à l’écrivain.

A terme l’œuvre semble donc échapper au contrôle de son auteur et de ses ayants droit et se trouve alors appropriée par des fans qui – parfois – mélangent les romans et les films en oubliant les différences qui les opposent et qui fondent leurs spécificités réciproques. Dès lors la portée des livres s’en trouve quelque peu diminuée, certains fans en venant même à croire que la vision de Peter Jackson et celle de Tolkien ne font qu’une, ce qui dessert le travail de l’auteur, tout comme celui du réalisateur.

What have we done
N’ayez crainte cher Bilbo, le Professeur s’en remettra, enfin on l’espère…

Au final il apparaît donc que les films servent l’intérêt des livres en participant à faire connaître plus amplement le Professeur et l’ensemble de ses écrits, tant universitaires que purement littéraires. Mais à quel prix ? A l’heure où l’exploitation marketing tire vers elle toutes les ficelles possibles et imaginables afin de rendre le processus d’adaptation rentable pour ne pas dire extrêmement juteux, les films aboutissent à déformer l’œuvre originelle en lui imposant ses représentations esthétiques et ses considérations autres. Aujourd’hui dans les conventions autour de l’univers de la Terre du Milieu, les éléments en lien avec les films sont souvent plus présents que les livres eux-mêmes, preuve du glissement qui s’opère et qui pourrait à terme nuire ou biaiser la visibilité de l’œuvre et de son auteur ou du moins à diviser sa communauté de lecteurs. L’impact des films sur les romans et sur la réception de l’auteur est donc profondément ambivalent, il convient alors de garder un esprit critique quand on se penche sur les potentiels apports des films aux livres.

*

Pour aller plus loin sur la réception de Tolkien en France, nous vous encourageons à jeter un œil à ces quelques références :

• FERRÉ V., « La réception de J.R.R. Tolkien en France, 1973-2003 : quelques repères » in FERRÉ V. (dir.), Tolkien, trente ans après (1973-2003), Paris, Christian Bourgois, 2004. Disponible sur HAL
• FERRÉ V., « Cinq après Trente ans après… Post-scriptum sur les recherches francophones » in DEVAUX M. (dir.), FERRÉ V. (dir.), RIDOUX C. (dir.), Tolkien aujourd’hui, Paris, Presses Universitaires de Valenciennes, 2011. Disponible sur HAL

_________________

1. « Tolkien juge de Peter Jackson : Les adaptations cinématographiques du Seigneur des Anneaux (Z, R. Bakshi et P. Jackson) », Vincent Ferré, 2002. (disponible sur son site internet)

Alexandre

A propos de Alexandre

Administrateur du site depuis fin 2013, Alexandre est un passionné. C'est ce qui l'a conduit à étudier les écrits du Légendaire dans un mémoire consacré à la résurgence de la période contemporaine et à la réappropriation de motifs médiévaux dans le Seigneur des Anneaux, mais aussi à explorer Oxford sur les traces de Tolkien.
Bookmarquez le permalien.
  • Rhéodran

    Bonjour, et félicitation pour cet article, qui tient plus de la dissert d’ailleurs ^^ Je me permet juste d’y apporter mon point de vue.

    Déjà, d’un point de vue personnel, c’est le film qui m’a fait lire les livres, donc ce sont des films que j’ai adoré. Mais j’était enfant, et si j’était à l’époque subjugué par ce divertissement, avec les lectures et le recul que j’ai pu prendre, j’ai commencé à emmètre des réserves vis à vis des films.

    Déjà, et le plus gros reproche que je puisses faire au film, c’est qu’il n’apporte rien au livre. J’ai maintenant l’impression que ce n’est que une illustration. Une illustration de très bonne qualité, mais qui ne soulève aucun enjeu.Je veux dire, un film, comme n’importe quelle oeuvre artistique, devrai tenter de nous faire réfléchir. Et là où les livres ont réfléchir sur l’arrogance, le désir, la place de l’homme dans la société et sur la terre (et beaucoup d’autres sujets) les films ne soulève rien de nouveau. Pire, la trilogie du Hobbit ne soulève absolument aucun enjeu, car il a abandonné la démarche du compte à double lecture de son modèle (enfin en tout cas, je n’ai aucun enjeu qui me vienne du film, mais c’est juste personnel)

    Et ça induit un autre problème. C’est que (et je parle que pour moi) j’en vient presque à regretter d’avoir vu le film. Car si il n’est qu’une illustration, il m’a en quelque sorte privé de l’imagination qu’on peux avoir en découvrant totalement l’univers (et c’est là une composante très importante de la lecture d’un roman). Enfin, mon imagination a pu travailler, mais bien plus difficilement que si j’avais pu le lire sans rien (joli paradoxe, car sans le film j’aurai peut être pas entendu parler du livre, je sais ^^)

    Donc ce que j’en retire, c’est que les films ont ajouté de la visibilité, mais ils n’ont rien ajouté à l’oeuvre. Ce ne sont pas de mauvais films, très loin de là. Mais j’ai plus l’impression que c’est un scan : On a passé un texte d’une feuille à l’écran, en rognant les bords pour que ça passe, on a perdu un peu. Le résultat est pas mauvais, mais il vaut quand même mieux avoir la feuille que le scan.

    • Bonsoir et merci pour ton avis fort intéressant à lire. Tu soulèves une question que j’ai fait qu’évoquer en passant, mais il est vrai que les films jouent également sur l’imagination qu’ils peuvent guider quand ils n’occultent pas les livres en eux-même :)

      – Alexandre –

    • Ryan Lal.

      Je comprends ton point de vue concernant l’apport des films, je l’ai même partagé étant plus jeune, mais je dois dire que j’ai changé d’avis après avoir commencé mes études de philosophie (étrange oui !).

      En effet, au fur et à mesure des chapitre de philo je retrouvais certaines choses qui me faisaient penser aux films (et aux livres bien entendu) car il y a une dimension philosophique dans les écrits de Tolkien que j’ai parfaitement retrouvé dans les films; que ce soit sur le thème du désir (avec l’anneau) ou encore sur la dimension pessimiste sur la volonté humaine (même si c’est moins prononcé dans le film, n’oublions pas que Frodon n’arrive pas à jeter l’anneau).
      Donc je trouve que la dimension philosophique est présente dans le film, et curieusement, je retrouve ça aussi dans le Hobbit (même si ça reste très subtile ou tout simplement ça peut être moi qui voit la philo partout, ce qui est probable !)
      Le thème du désir est aussi présent, même plus car on a droit à l’anneau mais aussi à l’arkenstone et au trésor d’Erebor, convoité par absoluement tout le monde, même les elfes qui apparaissent donc comme beaucoup plus complexes et moins manichéens que dans le livre.

      Donc je ne suis pas vraiment d’accord avec toi concernant le Hobbit, de plus je vois la Bataille des Cinq armées à venir comme une sorte d’allégorie de l’avidité des peuples de la Terre du Milieu, car n’oublions pas qu’au départ il s’agit des elfes, des hommes et des nains qui se battent pour avoir leur part d’or, preuve encore une fois que le hobbit n’est pas manichéen, tant dans le livre que dans les films (même si je trouve ça plus soutenu dans le film, je suis d’ailleurs très content de ça).

      Donc voilà, concernant le Hobbit, je trouve au contraire que la dimension philosophique est plus soutenue que dans le livre, j’en attends d’ailleurs beaucoup de ce dernier film qui, philosophiquement, peut porter beaucoup de chose, surtout autour de :spoiler: la mort de Thorin et de ses neveux, Thorin qui a tout fait pour redorer le blason de sa lignée mais qui va finalement causer la mort de celle ci, on voit donc une ironie ici très présente et que j’espère retrouver dans le film.

      • Bonsoir, et merci pour ton commentaire fort instructif et plaisant à lire. C’est typiquement le genre de commentaire qui peut déboucher sur une discussion intéressante ou permettre d’expliquer plus en détail certains aspects de l’article.

        J’en profite donc pour repréciser certains aspects de ma pensé, sans doute évoqués trop rapidement. En effet, lorsque j’évoque la portée philosophique de l’oeuvre j’indique bien que les deux œuvres sont différentes. Je dis pas que c’est moins philosophique, je dis juste que ça respecte moins la philosophie de l’auteur. Malgré tout certaines scènes font l’objet d’un traitement moins poussé ce qui en minimise la portée pour moi.

        Pour ma part certains des grands enjeux de l’oeuvre me semblent souffrir du traitement cinématographique, certains choix anéantissent complètement la pensée de l’auteur. Deux exemples tirés du Seigneur des Anneaux :
        – La mort de Saruman et la fin du Retour du Roi posent problème à mon sens, certes on a déjà vu la lutte nature/industrie à de nombreuses reprises, mais le nettoyage de la Comté en est la quintessence. C’est finalement la Terre du verger de la Dame Galadriel qui parvient à laver la Comté des immondices de Saruman, c’est à mon sens le paroxysme de cette lutte, et elle est absente du film.
        – Moins anecdotique, la destruction de l’Anneau elle-même pose problème. Frodo ne parvient pas à le détruire et c’est conforme à la volonté de Tolkien, mais, le fait que la destruction soit causé par un dernier combat de Frodo et Gollum casse toute la symbolique de la mort de Gollum, frappé par le destin. Que PJ le fasse chuter après une lutte contre Frodo au lieu de le faire trébucher peut se comprendre sur le plan cinématographique, mais sur le plan des idées on s’écarte totalement du message de Tolkien, on passe à côté de l’eucatastrophe.

        Voilà pourquoi j’ai tendance à trouver que les films réduisent la portée de certaines questions. Et je ne parlerais pas du Hobbit où les scènes « tarte à la crème » viennent anéantir la profondeur que l’on peut trouver en grattant le conte. Certaines scènes amènent parfaitement bien les enjeux, mais quand elles se retrouvent suivie de scènes dignes des pires clichés hollywoodiens ou du wtf le plus total, l’enjeu précédent s’en trouve minimisé. Devant des scènes comme celles de Tauriel et Kili autant te dire que la portée philosophique d’autres scènes bien traitées me sort totalement de l’esprit ^^.

        Petite précision en passant : attention avec les allégories. La Bataille des Cinq Armées n’est pas une allégorie de l’avidité. Une métaphore tout au plus, pour la simple raison que Tolkien déteste l’allégorie sous toutes ses formes :)

        – Alexandre –

      • Rhéodran

        Salut et merci de ta réponse :)

        Ce que je voulais dire, c’est que les films du sda n’apportent rien de plus. Au mieux, la philosophie et les idées qu’ils essayent de faire passer sont déjà présent dans le livre. La plupart du temps, les films le disent moins bien (je trouve) que le livre, et au pire ça n’y est pas (ainsi je ne retrouve pas l’idée du voyage, d’un aller et d’un retour, qu’on a dans le livre à la fin du retour du roi, avec la rencontre avec Saroumane et grima puis la route, et ensuite le nettoyage de la Comté, qui, pour moi, symbolise aussi le changement qu’un voyage peu faire sur un être humain)

        Quand au Hobbit, comme l’a dis Alexandre, les scènes qui pourraient apporter un réflexion sont mal emmenées, ou plutôt mal encadrées, mal mises en valeur. Après dans le cas du Hobbit je trouve (paradoxalement) presque ça plus excusable que dans le cas du sda.

        Les films du sda voulaient reprendre la fresque épique et symbolique de Tolkien. Si le côté épique a été plutôt bien restitué, les symboles ont été moins bien retranscrits (ça a créé le manichéisme qu’on retrouve à l’écran) Après tout n’est pas à jeter hein, mais il y a certains points qui sont rageant, et en plus, comme dis plus haut, le film n’enrichit pas la pensée de Tolkien, il ne fait que essayer de la retranscrire.

        Le Hobbit part déjà avec le postulat de base de passer d’un compte pour enfant avec double lecture disons plus adulte, à un film épique grand publique, je comprend plus facilement la difficulté de PJ d’arriver à faire passer convenablement le message philosophique, le mec fait un sacré grand écart quand même ^^

      • cat

        Voir que tolkien ou peter Jackson essaye de donner une certaine dimension humaine avec nos default et l anneau n est pas de la philosophie c est juste une adaptation a un constat de l homme alors d apres toi tout les films comme troie ont une part de philo car le producteur montre un défaut humain qui est la trop grande confiance dans la religion et puis tu remarqueras que tolkien essaye juste d adapter ses écrits avec notre monde pour plus de vraisemblance d ou les moeurs de la cupidité et de la puissance

        • Ryan Lal.

          Oui, et donc réfléchir sur les défauts humains et les mettre en lumière (dans un livre ou dans un film) c’est philosopher.

          Si tu n’est pas d’accord avec le potentiel philosophique des films, je te recommande le livre « Ciné-philo » qui met en lumière le positionnement des films les plus connus dans différents courants philosophiques.

          • cat

            Mais alors tous les blockbusters américains ont un potentiel philosophique ?

          • Rhéodran

            Ben oui. Philosophique ne veux pas forcément dire « partir dans des trucs alambiqués », philosopher, c’est « juste » réfléchir après tout. Et tous les films peuvent emmener à une réflexion, même si c’est parfois ras-de-terre. Ou même involontaire.

  • cat

    @ ryan lal Ben c est sur que ça vole pas haut mais bon peut être que tu as raison je n ai pas fait de la philosophie mon centre d intérêt en tout cas je maintien que le hobbit ne fait pas partie de ces films

  • Isabelle

    Bonjour, j’interviens bien tard sur cette discussion mais je ne l’avais pas encore vue. Bon, je partage globalement l’avis exprimé dans l’article principal. Cependant, je voudrais rajouter quelque chose aux commentaires par rapport au Hobbit : les 3 films tirés de ce roman ont au moins eu le mérite de redonner aux Nains leurs lettres de noblesse, par rapport aux autres races de la Terre du Milieu. Je m’explique : j’ai lu « le Hobbit » pour la première fois en 1978 (ou 79, c’est loin !), j’étais enfant, c’est la couverture du livre avec Smaug sur son trésor qui m’avait attirée. Je n’en avais pas gardé beaucoup de souvenirs, excepté le passage entre Bilbon et Smaug et celui avec Beorn (à cause des animaux serviteurs). Aucun souvenir des Nains en particulier. Je ne l’ai relu que plus de 20 ans plus tard, peu avant la sortie de « La communauté de l’Anneau », car je voulais me remettre le « prologue » de cette histoire en tête. Et bien lorsque j’ai vu le premier volet du Hobbit, je ne me souvenais même plus de la mort de Thorin et ses neveux à la fin de l’histoire (faut dire que ça doit faire 2-3 lignes dans le roman). Et j’ai beaucoup apprécié au final que Peter Jackson mette en avant les Nains, les individualise (quitte à les rendre un peu « moins Nains ») et offre de beaux plans d’une cité de Nains à Erebor (dans la « Désolation de Smaug » en particulier). Cela a été dit par d’autres : P Jackson a fait pour les Nains ce que Tolkien avait fait pour les Elfes. Et rien que pour cela, j’aime ces films !

    • C’est un point de vue intéressant que vous exposez ici. En effet Peter Jackson peut être vu comme ayant permis d’individualiser les Nains, cependant j’ai quelques réserves à ce sujet. Certains ne semblent présents que pour entretenir un humour gras et mal dosé et doivent prononcer moins d’une dizaine de mots dans les trois films réunis (Bombur par exemple). En cela j’ai tendance à penser qu’en tentant de les mettre en avant PJ a dénaturé les Nains qui sont bien souvent caricaturaux. On est loin des êtres raffinés qu’ils sont (repensons à la scène où ils se baignent dans une des fontaines de Rivendell…) et on est plus proche d’une vision « donjons et dragons » de ce type de personnage.

      – Alexandre

      • Isabelle

        Merci pour la réponse ! Oui, c’est vrai que les Nains ont été davantage individualisés dans leur design et « sur le papier » (longues descriptions de leurs personnalités et lignages dans les livres et magazines sur le film) que dans les films réellement; à l’exception de la famille royale et de Dwalin et Balin. Mais c’est aussi le cas dans le roman après tout, où ils ne sont souvent distingués que par la couleur de leurs capuchons (ou la longueur de leur nez pour Fili et Kili ! ). C’est mon principal reproche à cette trilogie : le 1er film laissait penser que Peter Jackson allait développer des personnages ou des pistes narratives seulement abordés dans le roman, mais au final, il a surtout privilégié les scènes d’action. J’aurais bien voulu voir Ori écrire et dessiner dans son livre par exemple. Si on n’a pas lu Tolkien ou au moins des articles spécialisés, on ne peut pas deviner en voyant les films que c’est le même Ori dont la Communauté de l’Anneau retrouve le cadavre et le livre dans « Le Seigneur des Anneaux ». Et pour faire écho à votre commentaire sur « Donjons et Dragons », j’ai un ami rôliste qui m’a dit que le design des Nains à la bataille d’Azanulbizar ou celui des Nains des Monts de Fer était tiré des figurines de jeux de rôle (Warhammer je crois ?), notamment ceux avec une coiffure d’ « Iroquois » qui désignerait les Nains renégats. Je ne suis ni rôliste ni joueuse en général alors je ne pourrais pas en dire plus.