Dévoilement de la première tapisserie “Tolkien”

Dans le paysage vallonné de la Creuse, au sein de la petite ville moyen-âgeuse d’Aubusson, quelque chose se prépare en ce vendredi 6 avril. Une grande fête, une fête très attendue, même : la cérémonie de la tombée de métier dans l’atelier de tissage du 2e étage de la Cité de la tapisserie.

 

Avant d’en lire d’avantage sur l’événement, jetez donc un œil à notre petit reportage sur place !

 

La Cité internationale de la tapisserie, qu’est-ce que c’est ?

En 2009, le savoir-faire de la tapisserie d’Aubusson est inscrit sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO.  Ainsi, pour mettre en valeur cet artisanat vieux de six siècles, la Cité internationale de la tapisserie est inaugurée le 10 juillet 2016 par le président de la République François Hollande.

Installée dans le bâtiment de l’Ancienne École Nationale d’Arts Décoratifs (ENAD) réhabilité à cet effet, la Cité de la tapisserie a pour but de conserver, enrichir, mettre en valeur et promouvoir cet art du fil.

Aujourd’hui, elle est donc à la fois un lieu de formation, de restauration de tapis et tapisseries, mais également un musée et un centre de recherche et d’innovation.

Aubusson parmi les collines

 

Le projet “Aubusson tisse Tolkien”

Afin de faire résonner cette nouvelle institution, un appel à projets est lancé en 2010 pour la création d’oeuvres contemporaines, de tentures qui illustreraient un grand récit littéraire du 20e siècle. L’oeuvre de J.R.R. Tolkien apparaît alors comme une évidence !

Les responsables de la Cité rencontrent Christopher et Baillie Tolkien en 2013 pour leur proposer, pour la toute première fois, une mise en valeur de l’oeuvre graphique de J.R.R. Tolkien. Ensemble, Ils choisissent une série de 14 dessins et aquarelles, reprenant parfois des codes de la tapisserie à tisser (cadres, choix de couleurs pures,…) et signent, trois ans plus tard, une convention pour la production en 4 ans de 13 tapisseries et 1 tapis.

Le métier à tisser

Cependant, les oeuvres sélectionnées sont détenues à la Bodleian Library, et il n’est pas question de les déplacer ! Elles sont donc scannées en ultra haute définition et envoyées par l’internet, accompagnées des codes couleurs afin d’assurer la perfection de la reproduction. En 2017, le premier carton comportant toutes les indications nécessaires au tissage est produit par Delphine Mangeret, les bobines de laine sont teintes par le teinturier-coloriste Thierry Roger, et le travail de tissage commence.

Reproductions des œuvres graphiques de J.R.R. Tolkien

Bilbo comes to the Hut of the Raft Elves

La première tapisserie réalisée, Bilbo comes to the Hut of the Raft Elves, fut également la première oeuvre choisie parmi les oeuvre de J.R.R. Tolkien – sans hasard : c’est l’illustration préférée de Baillie Tolkien !

Patricia Bergeron, Aïko Konomi, France-Odile Perrin-Crinière et Françoise Vernaudon

Réalisée par les lissières Patricia Bergeron, Aïko Konomi, France-Odile Perrin-Crinière et Françoise Vernaudon en 3 mois et demi (1750 h de travail en tout !), cette tapisserie mesure 3m20 sur 2m80. Sachant qu’un mètre carré de tapisserie nécessite 1,5kg de laine, Bilbo comes to the Hut of the Raft Elves pèse donc environs 13,5 kg !

La technique employée pour la reproduction des œuvres graphiques de J.R.R. Tolkien est un réel défi pour les lissières : en effet, on la retrouverait beaucoup dans le traité des drapés au 15e siècle et ne serait plus pratiquée depuis les années 1930 – il s’agit d’un système de rayures et de battages qui façonneraient les volumes ainsi que les ombres et lumières. Aussi, il n’y a que des teintes pures, aucun mélange ; des couleurs très tranchées et en très petit nombre (72 au total).

Des bobines de laine

Les lissières tissent sur l’envers du travail, qui est enroulé au fur et à mesure. Cela signifie qu’elles n’ont découvert la tapisserie dans son ensemble qu’au moment de son déploiement.

L’envers de la tapisserie

L’aspect art nouveau des tapisseries produites n’est pas sans rappeler l’esthétique du designer textile, auteur et traducteur William Morris. Si l’on savait que son oeuvre littéraire avait influencé celle de J.R.R. Tolkien, il est surprenant de retrouver également la patte de l’Arts and Crafts Movement dans l’oeuvre graphique du père de la fantasy contemporaine !

Après les jeux vidéos, la musique, le grand écran (et bientôt le petit !), les univers de Tolkien se déclinent maintenant également en tapisserie.

À la différence des autres média, cet art du fil présente l’intérêt de creuser davantage l’illusion de profondeur propre à l’oeuvre littéraire de J.R.R. Tolkien. Vous savez, cette impression que les histoires qu’il conte se sont réellement déroulées, dans un passé lointain? Elle est maintenant appuyée par la production contemporaine d’un savoir-faire vieux de six siècles.

C’est sans doute pour cela que le projet “Aubusson tisse Tolkien” fut aussi bien reçu par le Tolkien Estate : “Je suis éblouie par la qualité de la tapisserie”, répétait Baillie Tolkien, ravie. “Je suis étonnée par la réussite, étant donné le changement d’échelle, qu’en agrandissant le tableau à ce point on n’a rien trahi du tout”.

En avant-première: le dragon de la troisième tapisserie

Reste encore donc douze tapisseries et un tapis à produire, pour un total d’environs 130m² de tenture. Les lissières travaillent à présent sur la deuxième tapisserie, “Halls of Manwë – Taniquetil”, dans les Ateliers Pinton à Felletin, situé à quelques kilomètres d’Aubusson. Elle devrait voir le jour d’ici septembre !

Aperçu de la deuxième tapisserie, « Halls of Manwë – Taniquetil »

Nous ne pouvons que vous encourager à aller voir en personne la galerie du projet à Aubusson, qui comprend dorénavant la tapisserie Bilbo comes to the Hut of the Raft Elves.

Vous aurez également l’occasion de voir ces oeuvres à la Bibliothèque François Mitterrand, qui les a déjà sollicitées pour son exposition Tolkien en 2019, ou au Getty Museum de Los Angeles.

Remerciements spéciaux à Bruno Ythier, conservateur de la Cité de la tapisserie, Séverine David, chargée de communication et webmaster; à tous ceux qui ont rendu de projet possible et bien sûr, à Baillie TolkienVenez d’ailleurs écouter quelques uns des porteurs du projet dans la vidéo officielle de l’événement ! Elle est à découvrir ci-dessous !

*

Unveiling of the first “Tolkien” Tapestry

 

Among the hills of the Creuse department, in the medieval city of Aubusson, a long-expected event is about to take place. Today, on the sixth of April 2018, the first “Tolkien” tapestry is to be unveiled to the public eye right where it was woven, in the workshop situated on the second floor of the Cité de la tapisserie.

 

About the Cité de la tapisserie

In 2009, the art of the tapestry of Aubusson was added to the UNESCO’s list of Intangible Cultural Heritages. To advertise this six hundred year old know-how, the Cité internationale de la tapisserie was inaugurated on the 10th July  2016 by François Hollande, the president of the Republic at the time, in the former building of the École Nationale d’Arts Décoratifs (ENAD).

The aim of the Cité de la tapisserie is to preserve, enrich and promote this unique craft through its educational and training facilities, tapestry and carpet restoration workshops, museum and research centre.

 

The “Aubusson weaves Tolkien” project

So as to further this new institution, a call for projects was sent out in 2010. The goal was to create contemporary tapestries which would illustrate one of the 20th century’s greatest literary narrative. Tolkien’s works came as an obvious answer!

The heads of the Cité met with Christopher and Baillie Tolkien in 2013 to offer them for the very first time an adaptation of J.R.R. Tolkien’s graphic works. Together, they chose a series of 14 drawings and watercolours which bore similarities to the art of tapestry weaving (frames, pure colours, etc.) and signed, three years after, a convention for the production of 13 tapestries and 1 carpet in a total of 4 years.

However, the works they chose were held at the Bodleian Library, and moving them was out of the question! They were hence scanned in ultra high definition and sent through the internet with colour codes to ensure the optimal quality of their reproduction. By 2017, with the first draft carrying all the indications necessary to the weaving drawn by Delphine Mangeret and the yarn bobbins dyed by colourist Thierry Roger, the weaving could finally begin.

Bilbo comes to the Hut of the Raft Elves

The first tapestry to be woven, Bilbo comes to the Hut of the Raft Elves, was also the first of J.R.R. Tolkien’s illustrations to be chosen for the project. This shouldn’t come as a surprise, since it’s Baillie Tolkien’s favourite !

This 3.20 by 2.80 meters (about 10.5 by 9.2 feet) tapestry was made by Patricia Bergeron, Aïko Konomi, France-Odile Perrin-Crinière and Françoise Vernaudon in three months time, for a total of 1750 hours of weaving. Given that 1.5 kg of wool makes up one square meter (about 3.3 square feet) of tapestry, Bilbo comes to the Hut of the Raft Elves weighs about 13.5 kg !

The techniques used to reproduce the graphic works of J.R.R. Tolkien were a real challenge for the weavers. Indeed, this system of stripes and hatched shadings dates back to the 15th century where it was customarily used to produce drapes, and it hadn’t been practiced since the 1930s. Also, Bilbo comes to the Hut of the Raft Elves is made 72 pure tints, which is quite few for such a tapestry.

The weavers work on the wrong side of the tapestry, which is progressively rolled in. This means that they only saw the tapestry as a whole when it was finally unveiled.

The Art Nouveau colouring of the tapestries produced does remind one of the aesthetic of the textile designer, author and translator William Morris. While it is a wide-known fact that his literary works have influenced J.R.R. Tolkien’s, the similarities between Tolkien’s graphic works and the Arts and Crafts Movement become all the more evident with the Bilbo comes to the Hut of the Raft Elves tapestry.

With the video games, the music, the big screen (and the small one soon!), Tolkien’s universes are now also adapted in the form of tapestries.

Contrarily to the other media, this one has the advantage of furthering the impression of depth so typical of J.R.R. Tolkien’s literary works. You know, the impression that the stories he tells really did happen in an immemorial past? It is now supported by the contemporary practice of a six hundred year old know-how.

This might be the reason why the “Aubusson weaves Tolkien” project was warmly welcomed by the Tolkien Estate : “I am astonished by the quality of the tapestry, said Bailly Tolkien, I am astounded by such success, given the change of scale ; truly, nothing of the original watercolour has changed, in spite of the enlargement.

There are twelve more tapestries and one carpet left to produce, for a total of about 130 square meters (1400 square feet) of weaving. The weavers are now working on the second tapestry, “Halls of Manwë – Taniquetil”, in the Pinto workshops in Felletin, near Aubusson. It should be finished by September!

We can only encourage you to visit the gallery of the project in Aubusson, now home to  the tapestry Bilbo comes to the Hut of the Raft Elves.

You might also have the chance to see these tapestries at the Bibliothèque François Mitterand, which has already requested them for its Tolkien exhibition in 2019, or at the Getty Museum of Los Angeles.

Special thanks to Bruno Ythier, the museum curator of the Citée de la Tapisserie d’Aubusson, Séverine David, the communication manager and webmaster; overall, to all who have made this project a reality, and of course, to Baillie Tolkien.

Une pensée sur “Dévoilement de la première tapisserie “Tolkien”

  • 22 mai 2018 à 7 h 54 min
    Permalink

    Merci pour ce beau reportage très vivant!
    J’ai eu plaisir à suivre les différentes étapes de ce merveilleux projet.
    Bravo à Aubusson et à ses « petites mains’.

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